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La deuxième génération de l’Eurocode 2 marque un changement de paradigme, passant d’une conception du béton fondée sur des règles prescriptives à une conception basée sur la performance.La deuxième génération de l’Eurocode 2 met davantage l’accent sur les propriétés et les conditions du béton qui sous-tendent les hypothèses de conception. Bien que le code n’exige pas de surveillance continue sur chantier, la mesure de certains paramètres pendant l’exécution permet de vérifier si ces hypothèses se vérifient dans la structure en cours de construction. Ce guide explique comment la technologie avancée de capteurs en temps réel de Vemaventuri comble directement cette lacune dans vos cahiers des charges (LV), permettant ainsi aux ingénieurs et aux entrepreneurs de transformer les hypothèses de conception en faits avérés et de se conformer sans difficulté à l’Eurocode 2.

Qu'est-ce que l'Eurocode 2 ?

L'Eurocode 2 (référence officielle EN 1992) est la norme européenne régissant la conception des ouvrages en béton. Il définit l'épaisseur requise d'une dalle, la quantité d'armature à y intégrer, ainsi que l'épaisseur de l'enrobage de béton nécessaire pour protéger cette armature et empêcher sa corrosion pendant toute la durée de vie nominale de l'ouvrage. 

Elle ne fait pas figure d'élément isolé. Elle s'inscrit dans une série de trois normes, et cette répartition des rôles permet d'expliquer l'ensemble du sujet :

  • La norme EN 1992 (Eurocode 2) définit les caractéristiques que doit présenter la structure.
  • La norme EN 206 précise les propriétés que doit présenter le béton pour répondre à ces exigences.
  • La norme EN 13670 précise comment le site doit fonctionner pour que ces deux éléments s'adaptent l'un à l'autre.

C'est un choix délibéré. L'avant-propos de la norme EN 1992-1-1:2023 précise que les Eurocodes doivent être appliqués conjointement avec les normes pertinentes relatives à l'exécution, aux matériaux, aux produits et aux essais, et qu'ils identifient les exigences en matière d'exécution, de matériaux, de produits et d'essais sur lesquelles ils s'appuient.

En d'autres termes : la conception repose sur des hypothèses concernant le béton et la manière dont il est coulé. Si ces hypothèses ne se vérifient pas sur le chantier, le calcul ne correspond plus à la structure qui a été construite, même si l'élément fini semble tout à fait normal.

Qu'est-ce qui a changé ?

Une édition profondément remaniée de l’Eurocode 2 a été publiée fin 2023. Elle devra acquérir le statut de norme nationale d’ici septembre 2027, et les normes nationales contradictoires seront retirées d’ici mars 2028. Les deux générations coexisteront jusqu’à cette date. Le changement le plus important ne réside pas dans l’augmentation du nombre de calculs, mais dans la manière dont ceux-ci s’effectuent. À plusieurs endroits, la nouvelle édition remplace les valeurs tabulées par des modèles représentant les propriétés réelles. La durabilité, par exemple, fait désormais l’objet d’une méthode de conception explicitement fondée sur la performance, reposant sur des classes de résistance à l’exposition plutôt que sur de simples limites normatives. Cette approche est plus précise, mais uniquement si les valeurs introduites dans les modèles sont correctes.

 

Sujet Première génération (EN 1992-1-1:2004) Deuxième génération (EN 1992-1-1:2023)
Durabilité Classes structurelles et tableaux : la classe d'exposition, majorée des ajustements, détermine la couverture minimale Les classes de résistance à l'exposition définies à la clause 6.4 classent le béton en fonction de sa résistance à la carbonatation et à la pénétration des chlorures. La première approche est conservée à titre d'alternative dans l'annexe informative P.
Comportement en fonction du temps (développement de la résistance, fluage, retrait) Répartition dans le document : développement de la résistance dans le corps du texte ; fluage et retrait dans l'annexe B informative Intégré dans l'annexe normative B, avec la clause B.4 relative à l'évolution de la résistance et de la rigidité du béton en fonction du temps. Mise à jour et harmonisation des modèles de fluage et de retrait pour le béton à résistance normale et à haute résistance.
Fissuration précoce Le texte principal ne prévoit pas de méthode d'évaluation générale. La fissuration due aux contraintes de contrainte a été traitée principalement par le biais d'un armature minimale, les dispositions spécifiques ne figurant que dans la norme EN 1992-3 pour les structures de confinement. La nouvelle annexe D informative propose une méthode d'évaluation du risque de fissuration des éléments de retenue, notamment la clause D.4 relative à l'évaluation de l'historique des températures

 

Et c’est là que se creuse l’écart. Ces trois éléments reposent sur des valeurs qui ne sont pas déterminées derrière un bureau. Elles sont déterminées sur chantier. La température atteinte par le béton pendant son durcissement. La quantité d’eau qu’il contenait réellement. Le fait que la section ait été véritablement compactée sur toute son épaisseur.Bon nombre de ces conditions sont établies à partir d’hypothèses de conception, de cahiers des charges et d’essais. La surveillance sur chantier apporte une dimension supplémentaire en montrant comment certaines conditions évoluent réellement pendant l’exécution des travaux. 

Autre modification, qui concerne toutefois principalement les bureaux d’études : les trois anciennes normes relatives aux bâtiments, aux ponts et aux ouvrages de confinement ont été fusionnées en une seule ; les ponts figurent désormais dans l’annexe normative K et l’étanchéité à l’eau dans l’annexe H. Les modèles d’état limite ultime pour le béton confiné, le cisaillement, le poinçonnement et les structures à entretoises et tirants ont été mis à jour en tenant compte de l’effet de dimension lorsque cela s’avérait pertinent, et les dispositions relatives aux ancrages et aux recouvrements ont été remaniées en fonction de l’adhérence non linéaire. Le champ d’application des matériaux a été étendu à la classe de béton C100, à l’acier d’armature B700 et au toron de précontrainte Y2060 ; il couvre désormais les armatures en acier inoxydable dans l’annexe normative Q et les armatures en PRF encastrées dans l’annexe informative R. L’évaluation des ouvrages existants et leur renforcement à l’aide de PRFC font l’objet des annexes informatives I et J, le béton renforcé de fibres d’acier de l’annexe L et le béton à granulats recyclés de l’annexe N.

Durabilité : de la recette à la performance

La durabilité, dans ce contexte, signifie avant tout une chose : l'acier d'armature ne doit pas commencer à se corroder avant la fin de la durée de vie nominale de l'ouvrage. Deux phénomènes menacent cet acier : la carbonatation due au CO₂ présent dans l'air, et les chlorures provenant du sel de déneigement ou de l'eau de mer. Ces deux éléments doivent traverser le béton pour atteindre l'acier.

C'est lors du coulage que se détermine si ces pores se développent rapidement ou lentement.À mesure que la quantité d'eau de gâchage augmente par rapport au liant, une porosité capillaire plus importante peut subsister après l'hydratation. Cela peut faciliter la migration de l'humidité, des gaz et des ions agressifs à travers le béton durci. Plus il y a d'excès d'eau, plus ces pores se multiplient et mieux ils sont reliés entre eux. Ils constituent la voie d'accès vers l'intérieur. 

En ce qui concerne la carbonatation et la pénétration de chlorures, les propriétés de transport du béton de couverture sont déterminantes. Celles-ci dépendent de facteurs tels que la structure poreuse, l'état d'humidité, la fissuration, le durcissement et la composition du liant. Si de nombreux facteurs influencent la perméabilité, rares sont ceux qui peuvent être modifiés sur chantier aussi rapidement et de manière aussi significative que le rapport eau/ciment effectif au moment de la mise en œuvre.
 

Quels sont les changements ?

Jusqu’à présent, la norme imposait une formule précise : rapport eau/ciment maximal, teneur minimale en ciment, résistance minimale. L’enveloppe de béton en découlait.

La nouvelle édition renverse cette approche. La clause 6.4 classe le béton non pas en fonction de sa composition, mais en fonction de sa résistance mesurée : les classes XRC pour la résistance à la carbonatation, les classes XRDS pour la résistance à la pénétration des chlorures. Ce n'est plus la composition du béton qui compte, mais ses performances.

Le rapport eau/ciment n'apparaît plus dans cette définition. Il ne s'agit pas d'un oubli. C'est là tout l'intérêt de l'approche par la performance.

Pourquoi cela apparaît-il sur le site ?

La classe est déterminée à partir d'échantillons en laboratoire, au bout de 28 jours. Elle correspond à une composition du mélange, et non à un envoi.

Entre cet essai et le béton dans le mur s'intercalent le temps de transport, la perte d'affaissement et le réflexe le plus ancien du secteur du bâtiment : ajouter de l'eau au point de déversement pour que le béton puisse être coulé. Cela reste invisible sur la surface finie et n'apparaît dans aucun des cubes prélevés au préalable.

Le code est très clair à ce sujet. Dans les tableaux figurant en annexe, il précise que les valeurs sont calculées en partant du principe que la mise en œuvre et le durcissement sont conformes à la norme EN 13670. Il s’agit d’une hypothèse, et non d’une vérification. La question de savoir comment démontrer que cette condition a été respectée n’est pas abordée.

Solution de capteurs Vemaventuri

Détermination de la teneur en eau et du rapport eau/ciment du béton frais

Le système d'SONO s Vemaventuri détermine le rapport eau/ciment du béton frais au point de déversement, juste avant la mise en œuvre.

L'Eurocode 2 ne l'exige pas. Il n'exige aucune mesure sur chantier. Ce qu'il exige, c'est un résultat. Le rapport eau/ciment est l'un des paramètres du béton frais qui influencent le plus la structure poreuse et le potentiel de durabilité. Le mesurer au moment de la livraison permet de vérifier une nouvelle fois que le béton mis en œuvre est bien conforme à la composition prévue.

La valeur réside donc en amont de la conformité, et non dans celle-ci. Un chargement hors tolérance peut être renvoyé. Un mur, en revanche, ne le peut pas. Le désaccord sur la quantité d'eau ajoutée se résume alors à un chiffre plutôt qu'à une dispute, et ce chiffre est connu alors que le béton se trouve encore dans le camion.

 

Comportement en fonction du temps : la résistance augmente avec le temps et la température — et non pas uniquement en fonction de l'âge chronologique

Le béton ne gagne pas en résistance avec le temps. Il gagne en résistance grâce à l'hydratation, c'est-à-dire la réaction entre le ciment et l'eau, et cette réaction est plus rapide lorsqu'il fait chaud et plus lente lorsqu'il fait froid.

Deux murs issus de la même livraison, l’un coulé une nuit de février à l’air libre et l’autre à l’intérieur d’un espace chauffé, présentent une résistance nettement différente au bout de trois jours. Le calendrier n’en dit rien. Ce qui permet de l’expliquer, c’est la maturité : une valeur calculée combinant le temps et la température pour estimer la résistance actuelle de l’élément.

Quels sont les changements ?

Le changement le plus important à cet égard passe facilement inaperçu.Dans la première génération, on utilisait généralement 28 jours comme âge de référence pour la résistance à la compression caractéristique. La deuxième génération permet de fixer l’âge de référence entre 28 et 91 jours. 

La raison tient à la durabilité. La production de ciment est la principale source de CO₂ dans le béton, et le moyen le plus direct de réduire ces émissions consiste à utiliser moins de clinker. Les bétons à forte teneur en laitier, en cendres volantes ou en calcaire atteignent la même résistance finale, mais ils y parviennent plus lentement. Évalués à 28 jours, ils semblent peu résistants. Évalués à 56 ou 91 jours, ils ne le sont plus. Le fait d’autoriser un âge de référence plus tardif lève un obstacle qui poussait les concepteurs à privilégier des mélanges riches en clinker.

Par ailleurs, le comportement des matériaux en fonction du temps a été intégré à l’annexe B, qui a désormais valeur normative, la clause B.4 traitant de l’évolution de la résistance et de la rigidité du béton au fil du temps. Les modèles de fluage et de retrait ont été mis à jour et harmonisés pour le béton à résistance normale et à haute résistance.

Pourquoi cela apparaît-il sur le site ?

Un béton à prise plus lente n'atteint pas seulement sa résistance finale plus tard. Il franchit également chaque étape intermédiaire plus tard, y compris celle qui est déterminante sur le chantier : la résistance nécessaire pour décoffer, transférer la précontrainte ou mettre l'élément en charge.

C'est là que l'expérience cesse d'être utile. Une équipe de chantier sait comment se comporte son béton C30/37 habituel après deux jours en avril. Avec un mélange à faible teneur en clinker et un âge de référence de 56 jours, cette intuition ne s'applique plus, et la solution la plus sûre consiste à attendre plus longtemps que nécessaire. Le gain environnemental est réel, et le calendrier en supporte le coût.

Les modèles présentés à l'annexe B décrivent comment la résistance se développe. Ce qu'ils ne permettent pas de déterminer, c'en est l'historique thermique de l'élément, car il ne s'agit pas d'une propriété du mélange, mais d'une propriété de la coulée. Personne au bureau d'études ne dispose de cette information.

Les cubes ne permettent pas non plus de combler cette lacune. Un cube stocké à côté de l’élément ou dans un bain-marie de laboratoire présente des dimensions différentes, ainsi qu’un rapport surface/volume différent, et donc un historique thermique différent. Il permet de confirmer que le béton livré était conforme. Il ne permet pas de mesurer le béton présent dans le mur.

Solution de capteurs Vemaventuri

Surveillance de la maturité du béton

Les capteurs TEMO sont intégrés aux profondeurs déterminantes et enregistrent la température en continu, depuis leur mise en place jusqu'à la fin de la prise.Une fois que la relation entre la maturité et la résistance du mélange de béton a été établie, l'historique des températures enregistrées peut être utilisé pour estimer le développement de la résistance in situ.

Vemaventuri propose trois systèmes adaptés à cet effet, en fonction des besoins et de l'ampleur du projet : TEMO Link, ISC Link et Hub & Node. Qu'il s'agisse d'un élément isolé ou d'un site entièrement équipé, le principe de mesure reste le même : seule la configuration change.

L'Eurocode 2 n'impose pas cette exigence. Il n'exige aucune mesure sur chantier. Ce qu'il exige, c'est un résultat — et, les durées de référence s'étendant désormais jusqu'à 91 jours, le moment où ce résultat est atteint est plus difficile à prévoir d'après l'expérience qu'auparavant.

La valeur réside donc dans le calendrier, et non dans le respect des normes. Sans données, le coffrage est retiré à la date prévue par le calendrier, et celui-ci doit être prudent car personne ne sait comment évolue le béton. Avec des données, il est retiré dès que la résistance est atteinte. Sur une structure répétitive, cette différence s'amplifie à chaque cycle.

Fissures précoces : la fissure qui apparaît avant même que l'ouvrage ne soit utilisé

Certaines fissures ne sont pas liées à la charge. Elles apparaissent dans les premiers jours, alors que le béton est encore en cours de prise, et traversent le mur de part en part.

Voici comment cela se passe. La prise du béton génère de la chaleur, ce qui provoque la dilatation du matériau. Puis, en refroidissant, celui-ci tend à se contracter à nouveau. Souvent, il ne peut pas le faire, car il repose sur une dalle de fondation qui a déjà pris. Tout ce qui ne peut pas se contracter subit une traction. Or, le béton jeune ne supporte pas encore une traction importante. Lorsque celle-ci devient trop forte, il se fissure.

Sur le mur d'un parking, c'est une imperfection. Sur un sous-sol ou un réservoir retenant l'eau, c'est un défaut qui doit être colmaté par injection, et quelqu'un en fait les frais.

Quels sont les changements ?

La première génération ne disposait d'aucune méthode générale à cet effet. La fissuration par contrainte était principalement prise en compte par la prescription d'un armature minimale, avec des dispositions spécifiques uniquement dans la norme EN 1992-3 pour les structures de confinement. On n'évaluait pas le risque. On s'en chargeait.

La deuxième génération intègre l'annexe D, intitulée « Évaluation de la fissuration précoce et à long terme due au contraint » — l'une des extensions du champ d'application que les documents de l'atelier de la Commission européenne elle-même citent parmi les ajouts clés au code. Elle propose une méthode permettant d'évaluer concrètement ce risque.

Il est d’ailleurs intéressant d’examiner la structure de cette méthode. La clause D.4 porte sur l’« Évaluation de l’historique des températures », tandis que la sous-clause D.4.2 traite des propriétés des matériaux en fonction de l’évolution de la température. Ce n’est qu’ensuite que viennent la clause D.5, consacrée aux calculs de contraintes, et la clause D.6, relative aux calculs de largeur de fissure.

C'est l'ordre qui compte. L'historique des températures n'est pas une donnée parmi d'autres. C'est la première étape, et tout ce qui vient ensuite en dépend.

Pourquoi cela apparaît-il sur le site ?

 L'application de l'annexe D nécessite d'évaluer l'historique des températures de l'élément. Lors de la conception, celui-ci est généralement estimé ou calculé ; la surveillance permet ensuite de comparer l'historique réel des températures à cette estimation.

 La courbe réelle dépend du vent, de la température nocturne, du mélange, du coffrage, d’un intervalle imprévu entre les livraisons et du moment où l’isolation a été retirée. Une dalle de 1,8 m coulée par temps venteux ne suit pas une courbe standard.

Et voici en quoi cela diffère des deux autres sujets. La carbonatation apparaît au bout de vingt ans. La résistance peut être testée.Les fissures thermiques précoces se développent au cours des premiers jours de prise, la période critique dépendant de l’élément, du mélange de béton, des contraintes et des conditions thermiques. Mais il est toujours possible de prendre des mesures pour y remédier : laisser l’isolation en place plus longtemps, procéder au décoffrage plus tard, refroidir la section.

Mais cela ne fonctionne que si l'on peut voir ce qui se passe au moment même où cela se produit.

Solution de capteurs Vemaventuri

Surveillance de la température du béton

Les capteurs TEMO placés au cœur, à mi-hauteur et près de la surface enregistrent simultanément la température de l’élément à toutes les profondeurs. Cela permet de déterminer deux paramètres que les spécifications limitent généralement : la température maximale et la différence entre l’intérieur et l’extérieur. L’application web trace ce différentiel par rapport à un canal de référence sous forme d’une courbe distincte, et indique la valeur maximale de ΔT atteinte, ainsi que les températures maximale et minimale — ce qui permet de lire directement une limite de gradient spécifiée, plutôt que de l’estimer à partir de deux lignes qui se chevauchent. 

Trois systèmes sont disponibles à cet effet, en fonction des besoins et de l'ampleur du projet : TEMO Link, ISC Link et Hub & Node. Qu'il s'agisse d'un simple coulage critique ou d'un chantier entièrement instrumenté, le principe de mesure reste le même : seule la configuration change.

L'Eurocode 2 ne l'exige pas non plus. L'annexe D a un caractère informatif, et en Allemagne, par exemple, l'annexe nationale la conserve telle quelle. Mais la fissure apparaît quand même, et les coûts de réparation sont inévitables.

C'est là que réside tout l'intérêt. La carbonatation apparaît au bout de vingt ans et la résistance peut être testée, mais les fissures précoces se forment en l'espace d'environ trois jours — et pendant cette période, il est encore possible d'influencer le résultat. On peut prolonger la durée de l'isolation, retarder le démoulage ou ajuster le refroidissement. Cela ne fonctionne que si quelqu'un peut observer la courbe au fur et à mesure de sa formation.

Points clés à retenir pour les designers

Comblez directement dans vos cahiers des charges (LV) les lacunes en matière de vérification prévues par l’Eurocode 2 :en prescrivant la surveillance de la température, la vérification du béton frais ou d’autres mesures pertinentes comme livrables d’exécution, les concepteurs peuvent constituer un dossier documenté des conditions retenues qui sous-tendent le processus de conception et de construction.

  • Le choix de la durabilité relève désormais d'une décision et n'est plus un paramètre par défaut. Qu'il s'agisse des classes de résistance à l'exposition ou de l'annexe P, c'est l'annexe nationale qui fait autorité ; ainsi, en Allemagne, par exemple, le projet de norme conserve le caractère normatif de l'annexe P. Vérifiez laquelle s'applique avant de définir une valeur de couverture.
  • Le fait de fixer un âge de référence plus tardif a des conséquences sur lesquelles vous n’avez aucun contrôle. En fixant la résistance de référence à 56 ou 91 jours, on rend viable l’utilisation de béton à faible teneur en clinker, et cela repousse également vers plus tard toutes les résistances intermédiaires. C’est l’entrepreneur qui en fait les frais, avec des délais d’exécution que vous ne voyez jamais.
  •  Lorsque l’évaluation prévue à l’annexe D repose sur des limites de température précises ou des hypothèses thermiques, celles-ci doivent être clairement reprises dans le cahier des charges d’exécution si elles doivent faire l’objet d’un contrôle pendant la construction. La clause D.4 précède les calculs relatifs aux contraintes et à la largeur des fissures. Si la courbe réelle s’écarte de ces valeurs, cela signifie que la disposition de votre armature a été vérifiée par rapport à un scénario qui ne s’est pas produit — et que votre nom figure sur le calcul.
  • Les valeurs de votre couverture sont subordonnées à certaines conditions. Les tableaux partent du principe que la pose, le compactage et le durcissement sont conformes à la norme EN 13670. Si cela n'est pas stipulé dans le cahier des charges d'exécution, la condition sur laquelle repose votre conception ne relève de l'obligation contractuelle d'aucune partie.
  • La lacune réside dans la vérification, et non dans la méthode. L’Eurocode 2 fournit les bases de conception et s’appuie sur la norme EN 13670 pour la mise en œuvre. Une surveillance continue peut compléter ce cadre en consignant certaines conditions — telles que la température du béton ou les propriétés du béton frais — au fur et à mesure de leur évolution réelle sur le chantier. Cette lacune incombe à la première personne à qui l’on s’adresse lorsqu’une fissure apparaît.

Références et normes

  • Commission européenne, Centre commun de recherche (2025) — Les Eurocodes de deuxième génération : principaux changements et avantages illustrés par des exemples de conception. Session consacrée à la norme EN 1992, A. Pérez Caldentey. Atelier en ligne, du 3 au 5 juin 2025. 
  • Andrade, C. & Izquierdo, D. (2023) — Dispositions relatives à la durabilité et à l’épaisseur d’enrobage dans le prochain Eurocode 2 : modélisation et calculs de référence. Hormigón y Acero 74(299–300), 19–40. Accès libre. 
  • Menga, A. et al. (2024) — Fissuration précoce due à la contrainte : études en laboratoire et sur le terrain portant sur la capacité prédictive de la méthode simplifiée de l’annexe D de la future norme EC2. Structural Concrete 25(6), 4300–4323. 
  • Kanstad, T., Klausen, A.B.E. et Menga, A. (2023) — Document de référence pour la norme FprEN 1992-1-1, annexe D. CEN/TC250/SC2/WG1/TG7. 
  • von Greve-Dierfeld, S. & Gehlen, C. (2016) — Conception de la durabilité basée sur la performance, carbonatation, parties 1 à 3. Structural Concrete 17(3) 309–328, 17(4) 523–532, 17(5) 718–728. 
  • EN 13670:2009. Exécution des ouvrages en béton. CEN, Bruxelles.
  • EN 206:2013+A2:2021. Béton — Spécifications, caractéristiques de performance, production et conformité. CEN, Bruxelles.

Références normatives

DIN EN 1992-1-1:2025-09 

EN 1992-1-1:2023 

EN 206 

EN 13670 

DIN 18218

ASTM C1074  

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